L’exposition BA-TA-CLAN Project

Le 12 Novembre 2016 ouvrira l’exposition BA-TA-CLAN Project, un projet caritatif dans lequel plus de 100 artistes se sont unis. Tous ont fait don de la même affiche réinterprétée au gré de leurs émotions. L’occasion pour eux de se serrer les coudes un an après les attentats.

Un mercredi après-midi d’octobre, je suis invitée dans l’atelier de Jacques Fivel. Cet artiste et collectionneur a retrouvé, au lendemain des attentats du 13 Novembre, un lot d’affiches du Bataclan datant des années 70. Avec Philippine Schaefer, tatoueuse de métier, il propose alors à ses nombreux amis artistes d’exprimer librement leurs émotions, leurs sentiments, sur cette même affiche. Ainsi née l’exposition BA-TA-CLAN Project.

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En un an, ce sont plus de 100 oeuvres qui sont venues se greffer à cet ambitieux projet caritatif dont tous les bénéfices seront reversés aux associations d’aide aux victimes. Des artistes de tout horizon, de tout âge, ont laissé libre cours à leur imagination et le résultat est des plus impressionnant.

Ce qui frappe en rentrant dans l’atelier, c’est l’âme particulière du lieu. Je me retrouve dans une véritable caverne aux merveilles et je ne sais pas où poser mes yeux tant les antiquités de tout âge se mélangent. Me voici dans un paradis pour chineurs, un cabinet de curiosité où le moindre objet a des milliers d’histoires à raconter. Puis, mon regard se pose sur la première affiche que je trouve: une colombe, au regard franc, autoritaire, fait fermer sa gueule à un chien enragé. Posé plus loin, il y a comme un Monsieur Loyal, tout de noir vêtu, qui semble souhaiter la bienvenue en souriant de toutes ses dents. Jacques Fivel me précise que cette affiche vient tout juste d’arriver. Il y tenait beaucoup et avait peur qu’elle ne vienne jamais.

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Beaucoup d’artistes ont hésité avant de se lancer. Il faut dire que le sujet est des plus délicats à traiter. Le souvenir est encore vif et, comme toute la France, chacun a vécu cette nuit d’horreur de près ou de loin. Certains, comme le voisin de Jacques Fivel et Philippine Schaefer, étaient dans la salle pendant le massacre. Pour Philippine, c’est en recueillant son affiche qu’elle comprit que le projet était un centre nerveux à protéger.

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Là où certaines affiches furent créées peu de temps après les attentats, d’autres furent terminées très récemment. Sous le coup de l’émotion ou de la réflexion, les sensations divergent. Le seul fil conducteur que je décèle est l’affiche originale. De chaque création se dégage un sentiment différent, des plus lumineux aux plus sombres.

La diversité dans l’unité. Pour Philippine Schaefer, les artistes participants ont tous une faculté à faire passer un message particulier, pertinent, personnel et poétique. Ce sont des gens capables de réagir humainement à ce qu’il se passe autour d’eux. C’est une unité métissée.

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L’atelier est en pleine effervescence à quelques semaines du vernissage de l’exposition. Il s’est même transformé en studio photo aujourd’hui pour en réaliser le catalogue. Je discute avec une des nombreuses petites mains du projet. Olivier Séror est cinéaste et ami de Jacques Fivel et Philippine Schaefer. Au moment des attentats, il se trouvait à quelques pas, à la projection d’un concert dans une salle alternative au bord du canal. Rapidement, les informations ont circulé. La peur a envahi le public qui se sentait encerclé par les atrocités commises à l’extérieur. Certains sont restés camper. Le lendemain matin, Olivier Séror, sous le choc, se rend sur les différents lieux touchés par les attentats pour en prendre toute la mesure. C’est plus fort que lui. Et quand, trois mois plus tard, Jacques Fivel lui propose une affiche, si les évènements sont encore chauds, il n’hésite pas. « Pour moi, c’est une très bonne chose de faire l’exposition. Certains ont peur mais, sans tomber dans la provocation, je crois qu’il ne faut pas avoir peur. On va trouver toutes sortes de choses: des artistes abstraits, des messages ou de simples gestes. Je suis assez curieux de voir l’ensemble. Avant d’être un évènement artistique, c’est une façon de se serrer les coudes. C’est un évènement humain. »

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Pour Philippine Schaefer, le BA-TA-CLAN Project est un projet thérapeutique, un acte de guérison. « C’est un geste très simple, comme déposer des fleurs. Un acte solidaire ». Les égos sont mis de côté. Certaines affiches ne sont même pas signées. Toutes les oeuvres sont des dons dont les bénéfices seront reversés aux associations d’aide aux victimes. L’exposition n’est pas un faire-valoir, c’est avant tout une entraide.

Si les artistes se sont lancés spontanément dans le projet, certains, en recevant l’affiche, l’ont mise de côté quelques temps avant de se lancer, avec un poids sur le coeur, comme une responsabilité. C’est le cas de Laure Vernière, une artiste vivant juste à côté du Bataclan. Son affiche utilise le rouge et le noir, les couleurs qui, comme elle le dit dans une vidéo de présentation, sont celles de l’amour mais aussi de la mort.

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« C’est un geste très simple, comme déposer des fleurs. Un acte solidaire »- Philippine Schaefer

Philippine Schaeffer, de par son métier, travaille dans la peau, dans le vécu des gens. Son affiche a pris une dimension physique. Sur une grande feuille, elle a dessiné le contour de son corps et y a collé l’affiche du Bataclan, déchirée, explosée en mille morceaux. « Pour moi, quelque chose s’est déchiré. Il y a une fissure au sein de la société. J’ai fait tout éclater car, pour moi, on ne tend pas la main à ceux qui se perdent. Je travaille avec le corps, je ne suis pas une artiste de la miniature donc mon affiche a regagné sa dimension corporelle. Je suis complètement sortie du format. Comme tous les artistes, j’ai senti que j’avais quelque chose à faire avec l’affiche. « 

Pour Philippine Schaefer, allemande arrivée il y a 20 ans à Paris, quelque chose a changé. C’était pour elle la ville de l’amour et de l’ouverture. « Paris est petit pour ceux qui s’aiment. » me dit-elle, « Mais aujourd’hui, les gens communiquent moins, se replient sur eux. La confiance en l’autre s’est perdue et l’exposition est un cri du coeur: « Réunissez-vous! ».  » Elle me parle d’une vague de froid qui s’est abattue sur les échanges. Pour les participants à l’exposition, l’objectif est d’enlever les barrières. « On sent que l’on est nombreux, qu’on a encore des rêves. C’est une masse, une puissance… »

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L’exposition est un mouvement ouvert qui continue de grandir. De nouveaux artistes grossissent encore les rangs. « Ce n’est pas un projet fini mais une porte ouverte ». Ce projet, depuis deux mois, est devenu la première activité du quotidien de Philippine. Elle s’y dévoue corps et âme et veut le voir voyager avant de le dispatcher.

Ces affiches créent une unité dans la diversité, comme la France d’aujourd’hui d’ailleurs. J’y vois un reflet de la société, de l’émotion collective. Ce sont des gens passionnés au service de la mémoire.

Artistes ou non, si vous souhaitez aider l’exposition à grandir, une collecte Kiss Kiss Bank Bank est en cours à cette adresse: https://www.kisskissbankbank.com/ba-ta-clan-project

Egalement, l’affiche sera prochainement en libre accès pour ceux qui souhaitent participer à la version digitale de l’exposition.

Exposition BA-TA-CLAN Project: du 12 au 30 Novembre 2016. Galerie Le18Bis. 18 bis, boulevard Voltaire 75011 Paris.